3 Quelques mots pour remercier et expliquer...
Bonjour à tous,
Voilà quatre mois que j’ai fini mon voyage vers l’Ouest des terres espagnoles. Je prends enfin le temps de vous écrire cette lettre qui me tient à cœur. Parti le 9 juin 2008 de La Tour, mon lieu d’habitation près de Grenoble, j’ai parcouru 1850 kilomètres à pieds, en deux mois jour pour jour. Comme je l’avais rêvé, mes pas m’ont mené jusqu’à Fisterra, 90 kilomètres plus à l’Ouest que la ville de Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne.
Je tiens à vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour moi. Certains d’entre vous m’ont offert l’hospitalité, un bout de toit et un repas (souvent une douche salvatrice aussi… !). Pour d’autres, notre rencontre a eu lieu au détour du chemin et nous avons marché plusieurs jours ensemble. Pour d’autres encore, je vous connaissais avant de partir et vous avez répondu à mon invitation en me rejoignant quelques jours pendant mon voyage. Dans tous les cas, les moments passés ensemble m’ont beaucoup marqué. Il me paraissait très important de vous remercier et de vous donner quelques nouvelles !
Après vous avoir rencontré, j’ai poursuivi mon cheminement vers le Sud Ouest. Quelle joie de vivre avec le soleil. Se lever avant lui, marcher avec sa présence dans le dos le matin. Le voir nous doubler au cours de la journée et marcher vers lui le soir, à mesure que sa lumière dorée illumine le paysage qui défile lentement. La traversée de la France m’a donné cette certitude : nous vivons dans un pays magnifique ! Mon voyage aura été marqué par la beauté. Je me suis nourri quotidiennement d’une beauté immense. Chaque jour, la campagne m’a ébloui et chaque soir, alors que je sonnais à une porte pour faire de nouvelles rencontres, l’accueil et la générosité de mes hôtes furent vraiment très touchant. C’est avec beaucoup d’émotion que chaque matin, je me remettais en route avec une joie immense au cœur de vous avoir rencontrés. Votre rencontre a été un moteur incroyable qui m’a permis de ne jamais me démotiver. C’est vraiment rassurant de voir que même aujourd’hui en France, l’hospitalité est encore possible. Pendant la trentaine de jours passés en France, il ne m’est arrivé qu’une seule fois d’abandonner mes recherches d’hospitalité, un soir où toutes les portes sont restées closes. A part cette soirée, je n’ai été que de rencontres formidables en formidables rencontres !
Par trois fois, j’ai partagé plusieurs jours de marche avec des personnes rencontrées sur le chemin. J’ai ainsi avancé avec Luis, un jeune mexicain, du village d’Aubrac jusqu’à Conques. Deux de mes cousines m’ont rejoint pour trois jours, de même que mon frère et sa copine, un peu plus tard. La semaine avant la frontière, j’ai parcouru de nombreux kilomètres avec Sébastien, un professeur de Rouen parti marcher dans les Pyrénées pendant ses vacances. A Saint-Jean-Pied-De-Port, le 11 juillet, j’ai traversé la frontière franco-espagnole avec un ami espagnol (David) rencontré sur le chemin. J’ai marché avec lui jusqu’à Pampelune, à un rythme soutenu. Après, mes parents sont venus à Pampelune partager mon quotidien pendant trois jours également. Mon parrain et sa femme m’ont accompagné ensuite pendant deux jours. A chaque fois, marcher avec des gens qui me sont proches fut très agréable.
Par la suite, et durant une dizaine de jours, en plein cœur de l’Espagne, j’ai retrouvé la solitude. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, celle-ci ne m’a pas été trop pesante. J’ai aimé marcher accompagné mais j’ai tout autant apprécié de pérégriner tout seul. C’est donc seul que j’ai traversé la meseta espagnole, ce grand plateau recouvert exclusivement et à perte de vue, de champs de blé et d’orge. Arrivé à Astorga, au deux tiers environ de la traversée espagnole, mon meilleur ami m’a rejoint jusqu’à la fin de mon voyage. Nous avons donc traversé ensemble la Galice pour arriver à Santiago (Saint-Jacques-de-Compostelle) et avons poussé le chemin jusqu’à la côte atlantique, 90 kilomètres plus loin, jusqu'au Cap Finisterre (Fisterra). Le 9 août, nous parcourions les derniers kilomètres de mon parcours.
Comme je l’avais imaginé avant mon départ, nous sommes rentrés à Poitiers, chez nos parents, en auto-stop, du 10 au 12 août. Ce fut une expérience vraiment sympathique. Cette phase de transition (c’était mieux pour moi de ne pas rentrer trop vite !) nous a permis de rencontrer encore plus de monde. Une dizaine de personnes en tout. J’ai même pu rendre visite à ma marraine, près de Bordeaux, que je n’avais pas vu depuis longtemps !
Comment ne pas ressortir changé d’une aventure comme celle-ci ? Cette marche au long cours a été pour moi une formidable première expérience. Bien qu’il soit très difficile de résumer un tel voyage, voila entre autre deux ou trois choses que j’en retiendrai :
- J’ai réalisé un voyage très riche et surtout très varié : j’ai marché seul, à deux ou à trois. J’ai dormi chez des gens, dans des gîtes, dans ma toile de tente, ou encore à la belle étoile. J’ai marché le matin, le soir, et même la nuit (j’ai fait cette expérience durant deux nuits, au plein cœur de l’Espagne). Les paysages traversés étaient eux aussi variés, et les gens rencontrés étaient bien sur tous différents. Ce n’est pas un voyage mais plutôt des voyages que j’ai vécus cet été.
- J’ai compris que la solitude ne me faisait pas peur, du moment que j’avais des étendues devant moi à parcourir. Je sais désormais que mon prochain long voyage aura lieu sur des itinéraires moins fréquentés. En effet, j’ai parfois ressenti une gêne à emprunter des chemins autant parcourus, surtout dans la partie espagnole de mon itinéraire.
- Je retiendrai que l’hospitalité peut exister en France, du moment que l’on y met les formes et que l’on sait présenter les choses ! Je n’oublierai pas qu’il existe bien sûr (mais j’avais tendance à l’oublier parfois) des personnes généreuses qui savent ce que c'est de « donner », sans rien attendre en retour. J’ai ressenti la joie immense des rencontres simples, sincères et désintéressées.
- En aiguisant mon sens de l’observation et de la contemplation, j’ai vraiment réalisé à quel point la nature était indispensable à mon bien-être. Avec 10 kilos de matériel utilisé cet été, je suis désormais certain que posséder n’est pas la clef du bonheur.
La nouvelle année à la faculté de géographie de Grenoble, la reprise de l’escalade et de ma formation de moniteur, le retour à la colocation et à la vie sédentaire...tout cela s’est fait avec plus ou moins de plaisir et de facilité ! Comme vous pouvez l’imaginer, ce ne fut pas évident de se réadapter à la sédentarité. Encore aujourd’hui, j’ai parfois l’impression de ne plus arriver à prendre le temps de faire tout ce que je voudrais. Le temps passe beaucoup trop vite et il y a plein de petites choses qui m’occupent l’esprit ! En voyage, c’était plus simple ! Et puis l’inactivité (dans le sens où je ne fais plus mes 40 kilomètres quotidien !) donne le sentiment de se laisser aller… je me sens trop peu énergique ! Sûrement l’approche de l’hiver !
Heureusement, je me réinvestis chaque jour dans de nouveaux projets : terminer ma formation de moniteur et débuter mon activité en tant que « travailleur indépendant », réussir mon année scolaire pour décrocher ma licence, et repartir en voyage, dès que l’occasion se présente. Avec mon meilleur ami, nous pensons déjà à notre prochain long voyage à pied tous les deux : le tour du lac Baïkal (en Russie), dans deux ou trois ans. Affaire à suivre…
Vous remerciant une fois encore, je vous souhaite à tous d’excellentes fêtes de fin d’année et une très bonne année 2009 !
A bientôt peut être !
François Quintard