2 Recit d'une de mes journées...extraordinaires !
Chaque soir, avant de m’endormir, je prenais environ une heure pour écrire dans un petit carnet. En fait, j’ai noirci tout un carnet et j’ai du en racheter un autre en Espagne, pour la fin de mon voyage ! Petit à petit, cette activité est devenue un rituel agréable et apaisant. Une rencontre avec le papier que j’attendais un peu chaque jour.
La page ci-dessous résume beaucoup de choses je pense, en ce qui concerne mon voyage. Je vous la retranscris donc ici telle que je l’ai écrite dans mon carnet.
Après un mois de voyage, le 9 juillet, je suis à mi-parcours. Je viens de passer deux jours avec mon frère et sa copine. Les Pyrénées se rapprochent à grands pas, tandis que je passe des journées très agréables…
Récit d’une journée extraordinaire… comme toute les autres !
9 juillet 2008 : jour 31
Total des kilomètres effectués : 912
Sauvelade à Charre = 24,5 kilomètres (podomètre cassé (plus de piles ?))
Il n’y a que 12 kilomètres à faire ce matin. Nous avons réglé les réveils sur 7h00, pour un départ prévu à 8h30. Je passe beaucoup de temps à faire sécher ma tente. Il y a eu beaucoup de condensation (pourtant j’avais tout laissé ouvert…). Le petit déjeuner est plutôt copieux. Ca fait beaucoup de bien, pour moi en tout cas, de boire du jus d’orange, avec un thé chaud, un yaourt et une grosse tartine de beurre (qu’il me manque celui-là !) et de confiture de fraise ! Nous partons finalement à 8h45. Le chemin emprunte des routes désertes, qui serpentent sur les flancs de petites collines de bocages, avant de s’enfoncer dans de grandes forêts de chênes. Ce n’est pas trop désagréable ! Du haut des collines, la vue sur les Pyrénées se précise de plus en plus. Que c’est bon de pouvoir se fixer un objectif comme celui-là ! Dans trois jours normalement, je serai de l’autre côté ! C’est excitant. D’un côté je suis pressé de marcher en montagne, dans une nature encore un peu sauvage j’imagine (je suis triste de voir, sur la carte IGN, que le GR a été goudronné). D’un autre côté, cette vue me plait trop pour la quitter si vite. J’ai parfois l’impression que le temps passe trop vite. J’ai déjà fait la moitié du chemin. Les paysages s’enchaînent trop vite. Je devrais ralentir peut-être ? Je ne peux pas. Mon corps à la boulimie du kilomètre. Pas pour flatter mon ego ou attendre quelques remarques sur mes hypothétiques performances (combien sont ils à marcher sans s’arrêter jamais, plusieurs mois durant ? beaucoup plus qu’on ne le pense en tout cas). Juste pour le besoin de se sentir bien. Se sentir vivre en accomplissant un effort au grand air. Je ressens vraiment une faim de kilomètres à rassasier. Une soif d’horizons à étancher.
Nous ne passons à côté que de très peu d’habitations. Pourtant, nous voyons quelques mûres, le long du chemin ! Leurs nectars viennent rencontrer nos palais gourmands. A midi environ, nous rentrons dans la petite ville de Navarrenx. L’objectif des trois jours est atteint ! Nous faisons le marché, pour le pique nique. Nous mangeons à côté des autres randonneurs, dans un petit parc. A 14h30, le taxi « La Coquille » vient chercher Maxime et Solenn pour les ramener à Larreule. Nous nous séparons rapidement, après de rapides au revoir.
Me voilà tout seul, de nouveau. C’est toujours un peu triste de redevenir solitaire. Parallèlement, l’Aventure continue et reprend le dessus. Je suis pressé de quitter la ville. Mon prochain rendez vous est à Pampelune, le dimanche 13 juillet, avec mes parents. Je prévois, si possible, de faire le minimum de kilomètres le dimanche matin. Je fais quelques courses puis reprends mon chemin vers le Sud-Ouest, comme toujours ! Tout est un peu mélangé dans mon esprit. Je suis triste d’avoir quitté Maxime et Solenn, mais content de les avoir vus et de pouvoir maintenant repartir seul, à mon rythme. Je suis pressé d’être dans les Pyrénées et de revoir mes parents. Pourtant, j’appréhende un peu le passage en Espagne et toutes les conséquences que cela va avoir sur mon voyage (plus (+) de nuit en gîtes et moins de rencontres d’autochtones). Enfin, je suis content qu’il fasse beau, mais un peu oppressé par la chaleur.
L’après midi se déroule dans la joie de l’effort et le plaisir de se sentir bien dans son corps. Je traverse des forêts, sans me soucier du lieu où je dormirai ce soir. Cela m’importe peu. J’aimerais rencontrer encore des « locaux », pour profiter une dernière fois avant l’Espagne, des joies de la rencontre. Mais si je ne trouve personne, ce n’est pas très grave non plus, vu le ciel magnifique. Au pire, je planterai ma tente sans problèmes !
Au détour d’un chemin forestier, je découvre avec émerveillement, une cabane haut perchée dans un chêne. Plus tard, j’apprendrai qu’il s’agit (bien) d’une palombière. De septembre à octobre, les chasseurs des environs se cachent dans ces cabanes pour chasser la palombe. Le site est magnifique, bucolique, fantastique. Ce sera ma seule halte de l’après midi. Sans hésiter, je grimpe à la vieille échelle de bois avec prudence. Les barreaux sont fins et un peu pourris (je suis seul ici, mieux vaut ne pas tomber). A une dizaine de mètres du sol, je pénètre dans la cabane. Je ressens l’extase et la plénitude que procure la hauteur. L’idée me prend de dormir là. Finalement, je décide d’avancer à la rencontre de mes hypothétiques « sauveurs du soir ». J’ai bien fait !
Peu après le château de Montgaston, je débarque, vers 18h30, dans le hameau de Cherbeys, qui appartient à la commune de Charre. Mon podomètre s’étant éteint la nuit dernière, je n’ai plus que mon portable pour me donner l’heure. Comme celui-ci est éteint et dans mon sac, je n’ai aucune idée de l’heure. Je vois, du chemin, une tonnelle installée dans un jardin, qui abrite deux ou trois personnes. Je demande de l’eau : « avec plaisir ! Je vous mets de l’eau fraîche. Vous prendrez un peu de sirop ? » La dame qui me sert est souriante. Elle a l’air très sympa ! Lorsqu’elle revient, ma gourde remplie et portant un gobelet, du sirop et de l’eau (« comme ça vous repartirez la gourde pleine »), je commence à lui raconter mon histoire. Elle appelle son mari. Tout deux sont retraités et garde leur petite fille, Marion, en vacances une semaine. Ils acceptent de me recevoir. Leur accueil est formidable. Comme souvent, c’est simple mais extraordinaire. Ils me mettent vite à l’aise. Je plante ma tente dans le jardin.
Dominique, ancien peintre de façade, à la retraite depuis mai 2008, m’aide à installer une bâche sous la tente pour éviter la rosée. On verra si ça marche ! Je visite ensuite son verger (j’en veux un quand je serai plus grand !). Je prends une bonne douche et me change. On mange. Je suis un homme nouveau ! A table, on discute politique. Encore une fois, je suis bien tombé. Ces jeunes retraités ne sont pas fan de Sarkozy. Je me sens bien ici ! Nous sommes cinq à table. Dominique, sa femme Anne-Marie qui est en préretraite, la mère d’Anne Marie, femme de 85 ans (décidément, j’apprécie vraiment les personnes âgées : leur mode de vie simple, leur rapport à la nature, leur philosophie et leurs conseils avisés !), et la petite fille de Dominique et Anne-Marie : Marion. Je mange jusqu’à ce que la peau de mon ventre soit bien tendue. J’ai le droit à une bière en apéro et une glace à la crème en dessert ! Le café de fin de repas m’aide à digérer et à rester éveillé pour écrire ces lignes. Dehors, assis à une table que Dominique à fait (dans son joli jardin, c’est lui qui a tout fait !), je m’adonne à ce rituel de l’écriture. Autour de moi, la campagne s’est endormie. Au dessus de moi, les étoiles se sont réveillées. Tout est en ordre.
Avant de me coucher, je prends le temps de repenser à l’accueil extraordinaire (extra car ordinaire, simple, sans protocole pouvant être gênant) qui vient de m’être fait ce soir. C’est difficile de retranscrire ça sur le papier. Tous ces merveilleux moments passés chaque soir auprès des gens qui habitent tout le long du chemin, ne sont pas faits pour être racontés mais pour être vécus. En faisant nos adieux ce soir, Anne-Marie m’a remercié d’être venu à leur rencontre et d’avoir partagé la soirée ensemble. Ce soir, je me couche profondément heureux. Serein.